Manchester, journal n°1: septembre-mars
TOP SECRET !!!
Nom: Julia ****.
Âge: 16 ans.
Domicile: Manchester via Brighton.
Taille: 1,60 mètre.
Poids: dépend de la quantité de glace ingurgitée en vingt-quatre heures.
Cheveux: de plus en plus noir grâce à l'application de Clairol Noir Intense.
Yeux: bleus.
Livre préféré: Emma, de Jane Austen
Film préféré: Ghostworld, American girls, Diamants sur canapé (impossible d'en choisir un seul).
Série préférée: Alias (une espionne qui casse la baraque au propre comme au figuré).
Fantasme préféré: Jake Gyllenhall, Dean Speed du groupe The Hormones et Tom.
Héroïne: Drew Barrymore.
Site préféré: www.bestofchat.com.
Accessoire préféré: mon sac Dior vintage acheté sur Ebay.
Produit de maquillage indispensable: mon gloss Lancôme.
Objectif: fiare en sorte que Tom tombe éperdumment, passionnément amoureux de moi et m'emmène faire le tour des Etats-Unis.
________________________________________________________________________________
14 septembreCa vous est déjà arrivé de penser que vous passiez à côté de votre vie ? J'ai l'impression d'avoir inventé le concept. Aujourd'hui la grande aventure commence. Et ça fait peur. Alors, au lieu de sauter hors de mon lit pour affronter le monde armée de mon plus beau sourire et de ma nouvelle coiffure, je noircis les pages de mon carnet, terrée sous ma couette.
Il faudrait sans doute que j'essaie de me montrer à la hauteur, mais bon. C'est mon premier jour de lycée donc, officiellement, je ne suis plus un collégienne. En plus, je passe le A-levels
* cette année et en cours, il y a des étudiants en dessin ou en art dramatique. Tout le monde est trop cool ici. A l'exeption d'une bande de Barbies psychopathes inscrites en formation coiffure qui se sont payé ma tête à la cantine, le jour de mon entretien avec le proviseur.
Bref, mon petit doigt me dit que je vais me faire l'effet d'une pauvre gamine complètement larguée, à côté des autres. A tous les coups, quelqu'un va venir me taper sur l'épaule: "Hé ma petite, t'as rien à faire ici, retourne au collège." Mais le collège et mes amis, c'est à des années-lumières d'ici. Pourquoi a-t-il fallu que mon père trouve un nouveau boulot et décide de nous exiler, moi, ma mère et Pudding, à l'autre bout du pays? Réponse: parce qu'il s'acharne à me pourrir l'existence et à piétiner le peu d'amour-propre qu'il me reste.
Mon soeur a-t-il déjà aimé ?*Examen de fin d'étude en Grande-Bretage, qui équivaut à peu près au bac.
22 septembreAu petit-déjeuner, j'ai eu droit à une leçon de morale magistrale de la part des parents, du genre "fait un effort pour t'adapter" et "on sait que tu as eu du mal avec ce déménagement mais ça remonte à quatre semaines et tu aurais dû t'y habituer depuis tout ce temps". Ils ont pris des cours pour me transformer en handicapée sociale, ça doit être ça. Eux, ils ne voient pas ce qui cloche. Les élèves de ma classe se connaissent depuis le collège ou le Club Mickey et m'ignorent complètement. Impossible de se glisser dans une conversation style: "Moi aussi je suis fan des Thrills! Le chanteur est à tomber" (mines écoeurées de mes petits camarades). Non je ne peux pas me résoudre à une truc pareil.
Mais comme je savais que je n'en verrais pas le bout (ma mère, c'est le chaînon manquant entre un ratier et un rottweiler), j'ai pris le taureau par les cornes: je me suis inscrite à un cours de photographie qui débute la semaine prochaine. Je ne m'y ferai peut-être pas des amis mais au moins je vais pouvoir me la jouer artiste, prendre des photos floues en noir et blanc de troncs d'arbres morts et tout le tralala.
Donc, je venais de gribouiller mon nom sur le formulaire affiché au tableau des inscriptions et je traînais dans le couloir en me demandant si j'allais m'acheter un autre paquet de M&M's quand ma vie a basculé en cinq minutes. Jusqu'alors elle était nulle, ma vie, et l'instant d'après, j'ai su que plus rien ne serait comme avant. Pas de signe avant-coureur, pas de musique nunuche, rien. J'étais assise à la cantine, occupée à manger mes M&M's en priant pour que personne ne me ramrque, quand mon regard s'est poser sur de grand yeux marrons. Et soudain c'était comme si mon cerveau avait été propulsé en orbite.
Il avait un visage anguleux, des pommettes et une machoire saillante qui contrastaient avec sa bouche charnue. Il avait des dreadlocks. Il portait un jean bleu brut usé jusqu'aux genous, un grand tee-shirt et une aussi grand veste. Bref, le genre sens dessus dessous, à la fois sublimement bizarre et bizarrement sublime, difficile de choisir. Avant lui je ne savais pas ce que c'était q'un beau gosse.
Il a regardé dans ma direction, les sourcils froncés comme s'il m'en voulait d'oser m'immiscer dans son champ de vision. Mais les gars comme lui, on leur pardonne. C'est probablement un crétin arrogant mais on s'en fiche, quel crétin magnifique!
Je l'ai revu, plus tards dans l'après-midi, qui traversait lz cour du lycée comme s'il avait le feu aux fesses. On aurait dit qu'autour de lui tout bougeait au ralenti. Alors j'ai entendu quelqu'un crier: "Tom!" et il s'est retourné. Tom, c'est comme a qu'il s'appellent. D'ailleurs, comment pourrait-il s'appeler autrement ?
25 septembreVoici la liste de ce que j'ai pu rassembler concernant Tom, alias le voleur de mon coeur:
. Il est en arts plactiques et il a 19 ans, soit 3ans de plus que moi. C'est très sexy, la différence d'âge.
. Ca veut dire qu'il a déjà obtenu son diplôme.
. Il fait partie de la secte des branché avec ses deux copains, Bill (cheveux noir, backet ou santiag, tee-shirt Carhatt) et Georg (un grand impressionnant).
. Ils passent la majeure partie de leurs journées au café d'en face, mais au premier étage, beaucoup plus fréquentable, paraît-il, que le rez-de-chaussée envahi par les mères au foyer.
. il travaille dans un magasin de disques, Rhythm Records, le samedi et le mercredi après-midi.
Comment je sais tout ça ? Parce que j'ai fait preuve d'un courage surhumain aujourd'hui en parlant avec une fille de ma classe, Mia.
J'étais assise en cours d'anglais avec l'expression avide de celle qui attend que cinquante amis dévoués se matérialisent comme par miracle sous ses yeux, quand cette fille s'est installée juste à côté de moi.
Je lui ais jeté un regard en coin mais comme elle farfouillait dans son sac sans prêter attention à moi, j'ai continué à griffonner le nom de Tom partout sur mon cahier.
- J'aime bien ton vernis.
Personne ne m'avait encore adressé la parole au lycée en dehors des profs, alors l'informatiob a mis du temps avant de remonter jusqu'au cerveau : c'était à moi qu'on parlait. J'ai regardé mes ongles rouge vif puis mon interlocutrice, qui m'a dévisagée comme si j'étais mentalement déficiente.
- Heu... merci, je croyais que tu parlais à quelqu'un d'autre.Elle a secoué la tête avec impatience.
- De quel collège tu viens ? Je ne me souviens pas de toi.
Bizarre elle n'était pas hostile, mais le ton de sa voix n'était pas très chaleureux non plus.
- En fait, je viens de Brighton.A ce moment-là, j'avais plus que jamais conscience de mon accent snobe, typique de ma ville natale.
-
Mon père a été muté le mois dernier. Je m'appelle Edie.- Edie ?
-
C'est le diminutif d'Edith, ai-je marmonné, tout en maudissant intérieurement mes parents pour le sale tour qu'ils m'ont joué le jour où ils ont rempli mon acte de naissance.
- Moi c'est Mia, comme l'actrice Mia Farrow.
-
Jolie prénom, ai-je hasardé, un peu nerveuse. Mia paru se détendre et m'a souri.
- Merci. Tu te plais ici ?
-
Ca peut aller. Même si mes amis me manquent. Mia a hoché la tête puis a baissé les yeux sur mon cahier où le nom de Tom était inscrit un peu partout.
- Oh, Tom.
Elle a souri d'un air entendu.
- Il est pas mal, hein ? Tu l'as rencontré à quelle occasion ?
J'ai piqué un fard de la couleur de mon vernis et j'ai bégayé un truc bidon à propos d'un Tom qui habitait Brighton, mais Mia n'a pas marché une seconde.
- Mmmm, c'est ça, a-t-elle ricané. Tout le monde en pince pour lui. C'est comme un rite de passage. D'abord, t'as les seins qui poussent, puis tu t'aperçois que s'asseoir au rez-de-chaussée du café, ça craint, et pour finir, tu tombes amoureuse de lui.
-
Alors toi aussi tu craques pour Tom ?Rien que le fait de prononcer son nom me donnait l'impression d'avoir vendu mon âme au diable. Une fois encore, Mia s'est esclaffée.
- Non, moi c'est Bill, son meilleur ami. Qui m'aime aussi, d'ailleurs. On est raides dingues l'un de l'autre.
Et elle s'est lancée dans une histoire compliquée concernant Bill et son ex. J'avais du mal à suivre mais je hochais souvent la tête en essayant d'enquêter discrètement sur celui qui m'intéressait vraiment. J'aurais tout aussi bien pu me faire tatouer "Je craque pour Tom" sur le front. Oui, parce que je suis du genre subtil, comme fille.
30 septembreAujourd'hui, à la cantine, Tom s'est assis à une table devant la mienne. En face de moi. J'ai fait semblant d'être captivée par mon livre d'anglais mais je ne pouvais pas m'enpêcher de lui jeter des regards à la dérobée. Son sourcil gauche est barré d'une cicatrice, une ligne blanche à peine visible. Je me sentais toute drôle chaque fois que je la regardais. Je me demande bien pourquoi.
Je crois qu'il recopiait le devoir de quelqu'un (depuis quand ont-ils des devoirs, en arts plastiques ?) : il était penché sur un tas de papiers, un stylo à la main, l'air très concentré.
J'avais un peu le cafard car même s'il se trouvait à quelques mètres de moi, il me paraissait à des milliers d'années-lumière. Il était canon, tout le monde l'aimait, mais j'avais beau respirer le même oxygène que lui, il ignorait jusqu'à mon existence. Je me sentais minuscule et insignifiante. Lui, c'est vraiment quelqu'un. Il a plein d'amis. Et moi je ne suis qu'une gamine demeurée.
Je paris qu'il ne trébuche jamais sur le marchepied du bus et qu'il ne perd pas ses moyens quand il est à proximité de quelqu'un qui lui plaît. Oh, pourvu qu'il soit libre !
Puis il a levé les yeux et son visage s'est illuminé quand cette fille s'est approchée de lui et lui a planté un baiser sur la joue. Une jolie fille aux fringues dernier cri : un bob noir, une touche de rouge vif sur les lèvres et une minirobe noire qui aurait eu l'air ridicule sur moi. Ce doit être Kate, l'ex de Bill. Une vraie peste, d'après ce que m'a raconté Mia hier. Tom et elle, paraît-il, se connaissent depuis le bac à sable : ils ont pratiquement grandi ensemble. En bonne logique, ils devraient être comme frère et soeur, mais je n'ai jamais vu un frère et une soeur se coller l'un à l'autre comme ça. Elle a commencé à jouer avec ses cheveux et il l'a laissée faire !!!
Autre événement de taille dans cette journée pourrie : les élèves du cours d'anglais me détestent. Au café, ils se sont assis à la table à côté de la mienne et je les ai entendu dire que j'étais "bizarre" et "arrogante". Ca vaut mieux que d'être un tas de nuls sans un gramme d'originalité.
4 octobreJe reviens juste d'u week-end chez mes grands-parents, à Brighton. J'en ai profité pour revoir mes vieux amis ; nos dernières retrouvailles remontent à un mois à peine mais tout a changé. Toby et Caroline sortent ensemble. C'est dingue, je me souviens encore qu'à l'école primaire, pendant une répétition du spectacle de Noël, il s'est fait pipi sur lui et a caché la flaque avec la créche du petit Jésus. Et dire que Carolie lui a mi le grappin dessus ! Tish s'est teint les cheveux en rose. Les parents d'Eve se séparent. C'est fou comme les choses changent en si peu de temps ! Ils ont passé des heures à parler de leur lycée ou de gens que je ne connaissais pas et, même s'ils faisaient de gros efforts pour m'inclure dans la conversation, je me sentais larguée. Je connais la suite : les coups de fil, les mails et les visites s'espacent et on finit par perdre le contact. Bref, je n'aurai bientôt plus d'amis là-bas et je peux toujours courir pour m'en faire ici.